L'anglais en 6e année: un autre lapin sorti d'un chapeau ou un autre sapin qu'on doit se faire passer de nouveau. La langue française recule à Montréal. La Loi 101 est toujours en état de siège pendant qu'on permet à des parents de s'acheter un droit constitutionnel pour contourner une disposition pourtant déjà appuyée par les deux partis principaux de l'Assemblée nationale. Pendant ce temps, donc, où notre langue se fragilise, s'effrite et vacille sous les coups de butoir répétés dans ce contexte de culture anglo-américaine envahissante, on nous improvise une belle petite mesure qui devrait apporter un joyeux fouillis sur le plan logistique et un coup d'assommoir supplémentaire pour la langue de chez nous. Actuellement, on a déjà du mal à trouver le nombre nécessaire d'enseignants pour dispenser les cours d'anglais normalement prévus aux différents programmes. Juste cela nous montre tout le degré d'improvisation de la mesure. Nous allons assister à une véritable tragi-comédie. Et ce n'est pas parce qu'on va rire que ça va être drôle. À Montréal, la langue française se porte mal. Elle a besoin d'une bonne cure. Je crois qu'on peut même affirmer qu'on est pas très loin des soins intensifs. Cette mesure est complètement superflue dans la «province» déjà la plus bilingue du Canada. De plus, quand on voit le niveau de la qualité du français quand les élèves arrivent au secondaire, on ne peut qu'être horrifié et profondément inquiet d'une telle mesure. La Loi 101 a été une bonne loi. Il faut bien dire «a été» parce qu'elle n'est plus l'ombre d'elle-même. Elle est presque complètement édentée à l'heure actuelle et, se fier sur elle pour la défense de notre langue, c'est s'endormir dans une bien fausse sécurité. Ce n'est pas une loi en lambeaux qui va permettre à notre langue d'affirmer résolument notre différence et notre volonté de survivre comme culture en Amérique du Nord. La tendance est lourde et le redressement demandera une énergie dont nous ne sommes peut-être plus capables. Il faudra de la vigilance et de l'audace, pas des cataplasmes sur une jambe de bois. Tant que nous aurons honte de nous regarder dans le miroir en défendant notre langue, tant que nous aurons peur de nous affirmer par des mesures concrètes, tant que nos gouvernants trouveront oppressive la moindre mesure qui vise à assurer un futur décent à notre langue et tant que collectivement, nous ne serons pas nous-même plus préoccupés par l'urgence de la situation, ce mode d'expression qui fut notre marque depuis si longtemps ira de déliquescence en déliquescence. Ah oui, il nous restera toujours nos beaux tableaux intelligents, une autre belle mesure improvisée, pour qu'on nous montre de façon bien concrète, «live and in colour» que, finalement, nous aurons peut-être été quelque chose comme un «grand flop».