Parasites couronnés
Parasites couronnés
Peut-on raisonnablement supporter
ces anachroniques survivants ?
Doit-on sans cesse se taper
ces castes de fainéants
s’appliquant à perdurer
travestis en vestiges déprimants,
l’enflure du cou lourdement couronnée
et marinant dans confort si gourmand ?
Comment tolérer ces antiquailles desséchées
qui avec un acharnement
de revenants effrontés
éparpillent princièrement
de manière éhontée
tout ce temps et cet argent
qui auraient pu être affectés
oh combien autrement ?
Comment cautionner ces futiles
membres inutiles
sans sombrer dans le ridicule
de ces héritiers de la particule ?
Et il en pousse ici de ces vénaux roturiers
gavés d’obèses émoluments
prompts à se coiffer de royauté
pour jouer les grands dilapidants.
Dans un pays neuf grassement
ils perpétuent un système suranné,
cette indécence de rêgnants
d’une triste et navrante absurdité.
Comment laisser ces ruines
siphonner toutes ces liasses
pendant qu’on nous dessine
un devenir à notre place ?
Me faudra-t-il, hélas, mourir avant
tous ces débris d’absolutisme
qui nous pompent l’air ambiant
en se suçant légitimité si factice ?
Me faudra-t-il, oh misère, trépasser
sans jouir de ce suprême plaisir
de voir enfin s’évanouir
ces périmés en mal de publicité.
Je m'oublie, un peu, beaucoup, passionnément.
Je m’oublie, un peu, beaucoup, passionnément.
Voilà que je m’oublie tout à fait
dans la lancinance de mon histoire
et que je flirte avec les déboires
en me tressant un avenir contrefait.
Mêlé dans mes appartenances
insouciant aux compromis pervers
et fièrement habillé comme un ver
je me mendie une permanence.
Dressé pour confusions entretenues
ballotté à en perdre l’horizon
manipulé à en perdre raison
je me digère l’instant venu.
Assis sur des ambiguïtés bien cultivées
mal branché avec mes racines
avec mes symboles devenus rapines
ma boussole est en passe de s’égarer.
J’ai l’histoire endolorie
par une paresse de mémoire
négligeuse de ses grimoires
qu’elle condamne au pilori.
J’ai la souvenance en souffrance
la pertinence sournoisement contestée
et dans mon repli linguistique constaté
j’abandonne le gouvernail à l’insignifiance.
J’ai les réminiscences en vacances
sur plages d’ignorance coupable
ou dans paradis de démission palpable
à bourlinguer dans une mare de carences.
J’ai l’avenir sans connaissance
strangulé dans des murmures
fossilisés dans mes commissures
en liste pour l’évanescence.
J’ai mal à mon enseignement
qui oblitère mes luttes passées
et qui m’invite à m’enrouler
dans le linceul de mon effacement.
L'anglais en 6e année, lapin et sapin
L'anglais en 6e année: un autre lapin sorti d'un chapeau ou un autre sapin qu'on doit se faire passer de nouveau. La langue française recule à Montréal. La Loi 101 est toujours en état de siège pendant qu'on permet à des parents de s'acheter un droit constitutionnel pour contourner une disposition pourtant déjà appuyée par les deux partis principaux de l'Assemblée nationale. Pendant ce temps, donc, où notre langue se fragilise, s'effrite et vacille sous les coups de butoir répétés dans ce contexte de culture anglo-américaine envahissante, on nous improvise une belle petite mesure qui devrait apporter un joyeux fouillis sur le plan logistique et un coup d'assommoir supplémentaire pour la langue de chez nous. Actuellement, on a déjà du mal à trouver le nombre nécessaire d'enseignants pour dispenser les cours d'anglais normalement prévus aux différents programmes. Juste cela nous montre tout le degré d'improvisation de la mesure. Nous allons assister à une véritable tragi-comédie. Et ce n'est pas parce qu'on va rire que ça va être drôle. À Montréal, la langue française se porte mal. Elle a besoin d'une bonne cure. Je crois qu'on peut même affirmer qu'on est pas très loin des soins intensifs. Cette mesure est complètement superflue dans la «province» déjà la plus bilingue du Canada. De plus, quand on voit le niveau de la qualité du français quand les élèves arrivent au secondaire, on ne peut qu'être horrifié et profondément inquiet d'une telle mesure. La Loi 101 a été une bonne loi. Il faut bien dire «a été» parce qu'elle n'est plus l'ombre d'elle-même. Elle est presque complètement édentée à l'heure actuelle et, se fier sur elle pour la défense de notre langue, c'est s'endormir dans une bien fausse sécurité. Ce n'est pas une loi en lambeaux qui va permettre à notre langue d'affirmer résolument notre différence et notre volonté de survivre comme culture en Amérique du Nord. La tendance est lourde et le redressement demandera une énergie dont nous ne sommes peut-être plus capables. Il faudra de la vigilance et de l'audace, pas des cataplasmes sur une jambe de bois. Tant que nous aurons honte de nous regarder dans le miroir en défendant notre langue, tant que nous aurons peur de nous affirmer par des mesures concrètes, tant que nos gouvernants trouveront oppressive la moindre mesure qui vise à assurer un futur décent à notre langue et tant que collectivement, nous ne serons pas nous-même plus préoccupés par l'urgence de la situation, ce mode d'expression qui fut notre marque depuis si longtemps ira de déliquescence en déliquescence. Ah oui, il nous restera toujours nos beaux tableaux intelligents, une autre belle mesure improvisée, pour qu'on nous montre de façon bien concrète, «live and in colour» que, finalement, nous aurons peut-être été quelque chose comme un «grand flop».
C'est la faute à Gilles Vigneault
C’est d’la faute à Gilles Vigneault
Si au temps des Patriotes
_ tout était d’la faute à Papineau
_ commode de dire à notre époque
_ que c’est d’la faute à Gilles Vigneault.
Quand sous le couvert à Vancouver
_ on met le français au caveau,
_ en raisonnant tout de travers
_ on dit que c’est d’la faute à Gilles Vigneault.
Si le français recule
_ dégringole et tombe de haut
_ si notre langue bascule
_ c’est d’la faute à Gilles Vigneault.
Si les minorités ailleurs
_ tombent en lambeaux
_ et nous aussi d’ailleurs
_ c’est d’la faute à Gilles Vigneault.
Si la Cour de Pise
_ du haut de ses grand ergots
_ sur la question nous divise
_ ça doit être d’la faute à Gilles Vigneault.
Si l’Office de la langue
_ avec ses sédatifs propos
_ finira par laisser notre verbe exsangue
_ c’est sûrement d’la faute à Gilles Vigneault.
Si la ministre flaire de l’oppression
_ à défendre nos parlures et propos
_ et qu’elle nous offre plutôt la compromission
_ c’est encore d’la faute à Gilles Vigneault.
Si tous les scribouilleurs enrégimentés
_ et certains Anglos cultivent l’imbroglio
_ pour culpabiliser notre volonté
_ c’est probablement d’la faute à Gilles Vigneault.
Quand le français tombera en dormance
_ et en métropole dans un tombeau
_ parce qu’on aura tremblé devant cette engeance
_ Ça aura encore été la faute à Gilles Vigneault.
Si Lucien figeait devant son miroir
_ quand, tout penaud,
_ il rapprochait la charte du mouroir
_ c’était donc la faute à Gilles Vigneault.
Si nos gouvernements badigeonneux
_ ont la hantise du caillot
_ s’ils défendent le langage un tant soit peu
_ c’est d’la faute à Gilles Vigneault.
Si les Québécois s’endorment
_ et laissent tomber le flambeau
_ à cause d’la désinforme
_ c’est sans doute d’la faute à Gilles Vigneault.
Quand nous refusons de donner des dents
_ à nos signes vitaux
_ en nous aplatissant d’accomodements
_ c’est la faute au grand Vigneault.
Si notre parler en état de siège
_ magasine pour un fiasco
_ et que lentement se referme le piège
_ Ça doit être la faute à Gilles Vigneault.
Si par démission collective
_ nous laissons sous le tonneau
_ notre langue devenir chétive
_ on pourra toujours accuser Vigneault.
Mal de bloc
Encore une fois, à chaque élection que la démocratie nous amène, on se questionne sur la pertinence du Bloc. Il faut déduire que beaucoup de gens trouvent ce parti bien impertinent. On peut comprendre facilement l'exaspération du reste du Canada et de ceux qui au Québec s'identifient d'abord au Canada. pour eux, le Bloc est une espèce d'empêcheur de de gouverner en rond. Du point de vue québécois, actuellement, le lien de confiance avec les libéraux est encore brisé et le lien de méfiance envers les conservateurs en train de se tisser. Que reste-t-il ?
Certains pensent que le Bloc fait tellement du bon travail à Ottawa qu'il devient un frein à la souveraineté parce qu'il incite les Québécois à s'endormir dans l'illusion qu'il ont une assurance contre tous les risques liés au fédéralisme canadien. Pour qui connaît bien l'âme québécoise et sa tendance à la procrastination, ce raisonnement est loin d'être dénué de justesse.
Par contre, se pourrait-il que cet épisode bloquiste, qui se prolonge beaucoup plus que prévu, soit comme une sorte d'incubateur de l'idée d'indépendance ? Se pourrait-il que ce soit un moment d'attentisme en même temps que de cheminement, une sorte de palier de décompression pour se donner le temps de réaliser que ce Canada nous ressemble de moins en moins et que, si tel est le cas, il doit donc nous rassembler de moins en moins ?
Une chose demeure cependant certaine. Ce «stand by» politique ne pourra pas durer infiniment et si l'on arrive à la conclusion, dans ce cheminement qui semble sans fin, que l'avenir du Québec n'est plus dans ce pays, il faudra bien vite prendre les dispositions nécessaires pour remédier à la situation. Si devant ce constat nous continuons de tergiverser, nous risquons de nous condamner au ridicule.
Traces
Traces
Du sang séché
sur une terre desséchée
un sol aride
sous un ciel torride
des coquillages évidés
dans l’eau vinaigrée
des os blanchis
dans une beauté défraîchie
des montagnes de résidus
gauchement répandus
d’immenses déserts
à saveur de cimetière
des ruisseaux de lie
crevés dans leurs lits
des cactus polaires
et des mers à l’envers
des clameurs de haine
que le vent ramène
de triomphantes fioritures
dans une profonde déconfiture
des désastres boulimiques
sous des astres à tristes mimiques
des détritus amoncelés
sur environnement souillé
inoculant soluté mortel
à ce monde malade de bébelles
tristes traces que voilà
l’homme est bien passé par là.
Auto-canibalisme aigu
Auto-canibalisme aigu
Ne sommes-nous que des aliénés
vivant sur une planète où la publicité
veut à tout prix nous vendre
le kit inespéré pour nous pendre ?
Sommes-nous tous dans l’engrenage infernal
qui nous aiguille vers notre phase terminale?
Réclamons à tout prix du développement
jusqu’à en devenir complètement dément.
Faut à tout prix décupler une consommation
qui nous mène vers une désolante dissolution.
Combien de notre Dieu Argent
ne sert qu’à exploiter des indigents ?
Combien de nos vénérés réers
se mutent en macabres fins militaires ?
Combien de nos écus minables
sont sources de maux abominables ?
Malgré nos hauts cris de protestation
sommes partie prenante de cette machination.
Ceux qui auraient pu changer l’humanité
ne font qu’accentuer cette triste curée.
Sommes désormais tous complices
de tous ces sinistres sacs à malices.
Nous avons totalement perdu le contrôle
n’ayant plus la moindre idée de notre rôle.
Engagés sur le boulevard des faux espoirs
nous oscillons bien près de minuit le soir
et pendant qu’on s’autogrignote le coeur
il nous pousse des bras ravageurs.
«Poids» de senteur
Il y a parfois des odeurs qui peuvent peser.
«Poids» de senteur
Ça sent le pays en train de s’écraser
sous le poids de nos rêves déserts.
Ça sent la patrie qui se perd
dans la morosité des terres dévastées.
Ça sent le pays qu’on enterre
avec requiem pour peuples ignorés
dans une fosse commune de cimetière
pour nations inconnues ou oubliées.
Ça sent le pays qui s’échine
à brader à une suspecte vitesse
toutes ses naturelles richesses
pour les p’tits amis du régime.
Ça sent l’État qu’on altère
pour satisfaire requins de finance,
charognards de jungle néo-libérale;
ceux-là que l’on paie pour qu’ils nous achètent,
et que l’on récompense pour qu’ils nous tuent.
Ça sent la nation exsangue
qui laisse dans sa séculaire demeure
à de serviles serviteurs
le soin de fossiliser sa langue.
Ça sent le peuple minimal
se targuant de prospérité
en décuplant la pauvreté
dans sa course vers sa phase terminale.
Ça sent le pays qui se décompose
en reniant toutes ses épiques luttes
passées à tisser un filet de sécurité
pour sa pourtant distincte société.
Ça sent le pays qui se noie dans le creux
des torrents de fiel sortis de foies bilieux
qui souillent notre réputation
et dénaturent nos intentions.
Ça sent le pays qui se dérobe
sous nos pieds dans des sables
rendus mouvants par ces fossoyeurs assassins
de notre incontournable identité.
Ça sent le peuple ron ron ron
qui avale en bon bonasse
toutes les compromissions
qu’on lui incruste dans la carcasse.
Ça sent le pays qui se meurt
empoisonné par l’amnésie rare
de ses propres enfants, citoyens en téflon
qui s’imaginent pouvoir aller quelque part
quand de leur histoire ils ignorent le large et le long.
Ça sent le pays en voie de trépasser
humilié par l’indifférence des siens,
saboté par les pirouettes de ses politiciens,
accablé qu’on lui refuse son droit d’exister.
Ça sent le peuple qu’on euthanasie
dans une opération de dévastation lente
où se grugent des portions vitales de nos acquis
dans le confort des circonstances atténuantes.
Ça sent les carottes bien cuites,
et la fin de tous les haricots.
Allez Baptiste, ouste! au galop!
on est mûr pour une crisse de cuite.
La cinquantaine
La cinquantaine (Un texte de Sylvain Lebel et chanté par Serge Reggiani)
On arrive à la cinquantaine
Moitié sage, moitié fou
Le cul assis entre deux chaises
A tenter d'en joindre les bouts
Sur la route de la chimère
On se retrouve souvent un jour
Pour faire le compte de ses guerres
Des petites joies, des grandes amours
Et c'est tout.
On arrive à la cinquantaine
Moitié figue, moitié raisin
Le coeur absout de toute haine
Le coeur absout de tout chagrin
On a troqué sa destinée
Contre des hauts, contre des bas
Rêves vendus à la criée
Pour faire le vendredi gras
Et c'est tout.
On arrive à la cinquantaine
Moitié décu, moitié content
Un quart de joie, un quart de peine
Et l'autre moitié aux enfants
On se souvient de sa jeunesse
Comme d'un joyeux chapardage
Au seuil de la prime vieillesse
On pose un instant ses bagages
Et c'est tout.
Et on repart vers la centaine
Un demi siècle dans les reins
Avec tout juste la moyenne
A notre devoir de terrien
Comme elle est lointaine la rive
Où l'on se couchera un jour
Il reste tant et tant à vivre
Qu'on pourrait faire un long détour
Si tu veux,
Mon amour.
L'affaire Michaud, une dérive
À lire les propos reprochés à Yves Michaud, le texte de la résolution de l'Assemblée nationale et enfin le message de démission de Lucien Bouchard, on ne peut qu'être sidéré et pour le moins perplexe devant cette situation qui frise l'irréel.
Il faut imaginer qu'il était bien lucide, Lucien Bouchard, à ce moment. Cela lui permettait de faire d'une pierre deux coups. D'abord, il dissipait, par cette mesure disproportionnée, tous les doutes concernant certains commentaires entendus pendant la campagne référendaire commentaires qui associaient son ton et son discours à des procédés de personnages historiquement pas très recommandables. Évidemment, certains adversaires, quand il s'agit de nous forger une culpabilité, savent frapper là où ça fait mal. En même temps, donc, qu'il se refaisait une image, il procédait à l'exécution sommaire d'un militant identifié à l'aile pure et dure ce qui lui permettait d'éliminer une possible voix discordante dans son caucus, lui si obsédé par les consensus.
Le reste est carrément pathétique. Des députés votent, les yeux fermés, pour censurer des propos qu'il n'ont jamais lus. Dans le cas des libéraux, on comprend. Il s'agissait d'une occasion en or pour enfoncer l'adversaire un plus plus dans la boue. Mais les députés péquistes ? Totalement sous l'emprise du chef et encore secoués par toute l'affaire de «l'argent et du vote ethnique», ils ont émis ce mandat en blanc au premier ministre.
Et ce premier ministre, qu'on croyait absolument indispensable, s'est ensuite empressé de démissionner en consacrant une bonne partie de son message de départ à réfuter des propos qui n'avaient absolument pas à être réfutés. On peut tout de même s'interroger, un peu, sur sa lucidité à la lecture de ce passage.
Ces longs paragraphes consacrés à dénoncer une situation qui n'avait manifestement pas cours, n'auraient-ils pas été motivés pour aménager le futur de Me Bouchard. Dans ce cas, ce serait dix sur dix pour la lucidité. Pour ce qui est de l'honnêteté, faudra repasser.
Le premier ministre Bouchard avait déclaré, un jour, que s'il donnait plus de force à la loi 101, il ne pourrait plus se regarder dans le miroir. Il faut se demander si, Me Bouchard, lorsqu'il revoit toute cet épisode de l'affaire Michaud , aime bien l'image de lui-même que lui renvoie son miroir.
